Escapade sur le toit du monde...Le bus qui jusque là longeait fidèlement le fleuve, grimpe et s'arrête sur un plateau de champs verts tendres qui surplombe les gorges du Lancang et ouvre la vue sur le relief accidenté de son bassin versant. Une église blanche et imposante y trône, la seule du Tibet me dira-t-on ! « Mais si, c'est bien le Tibet » me confirme la foule... Ainsi donc, les check post si bien gardés se sont dissipés avec l'hiver, et après avoir flirté avec le toit du monde de tous ses cotés, c'est le Mekong qui a finit par m'y mener, juste le temps d'une caresse ! Au passage du col qui nous éloigne du fleuve mais marque résolument l'entrée sur le haut plateau himalayen, deux larmes de bonheur coulent face aux paysages grandioses qui s'offrent de tous cotés et chassent la fatigue et les doutes de ces derniers jours. Derrière nous, la majestueuse chaîne glacière resplendit et découpe de sa ligne blanche un ciel parfaitement bleu. Tout autour, la foret brûle ses couleurs automnales et s'oppose au décor plus aride de collines grises et pelées qui nous attend mais abrite secrètement des vallées de prairies dorées où l'homme a fait son nid. Les ennuis commencent à la ville où occuper une chambre pour la nuit mène inévitablement dans les mailles de la police. Dress, jeune chinoise de Shanghai et complice de mon entrée au Tibet prend ma défense et se lance dans une tirade de petite fille innocente qui m'obtient gain de cause. « Comment payer 500 yuans alors que nous dormons dans la chambre du pauvre.... Et comment pouvait-on savoir que nous entrions au Tibet quand personne ne nous a arrêté. Elle est étrangère et moi étudiante...Mais non, elle ne va pas à Lhassa, elle veut suivre le Mekong et retourne demain (piétinement...) ... C'est promis ! » Le matin, promesse tenue, je quitte le royaume des hommes dont le turban rouge prolonge la longue tresse d'une tignasse ébouriffée. Baignée de lumière et du salut des plus vieux et des plus jeunes qui suivent le chemin des écoliers, je retrouve le fleuve de ma convoitise. Au premier arrêt, je me précipite dehors et continue à pied à travers ce labyrinthe d'ombre et de lumière qui alterne des méandres abrupts aux tons roses et bruns avec des langues à pente douce, oasis de verdure, de champs parfaitement labourés et de grandes demeures rectangulaires aux toits plats aussi blanches que neige. La soif ne tarde pas à se faire sentir et justement, deux vieux assis à coté d'une petite cabane en bois m'invitent à faire une pause. Ils fabriquent des mandolines tibétaines monocordes à corps de bambou dont ils font grincer les premières notes. Thé salé beurré froid suivi d'un verre d'arak me sont offerts, de quoi me coller au muret sur lequel je suis assise ! « Tu restes ici cette nuit ». Je n'insiste pas, la compagnie insolite de mon vieil hôte semble m'enchanter autant que la réciproque ! Comme il tremble de la main droite, souvenir laissé par trois balles d'une mitraillette qui dort sous sa couette, je prends en charge les taches ménagères et découpe un morceau de viande et graisse sèche que je croyais d'abord destiné au chien... à tort, je m'en régalerai ! Le gosier repu, les pieds lavés et la nuit tombée, nous discutons en espéranto asiatique à la lueur d'une bougie, asphyxiés par la fumée que crache le poêle à l'intérieur de la pièce ! Le discours étant toutefois limité, nous partageons arak, cigarettes et les câlins de son petit âne. Et puis je finis par tomber de sommeil, bordée sur la couche d'un vieil homme rongé par les excès et qui tient absolument à m'offrir un bracelet en acier incassable, des herbes anti-cobra et quelques baisers de bonne nuit alcoolisés... Je m'endors bercée par le Mekong qui ronronne, les aboiement du chien qui résonnent alors que le vieux fume en silence assis sur sa planche. Le lendemain, alors que je compte faire ma pause déjeuner et m'éloigner définitivement du Tibet, un homme entame la conversation en anglais. Il fait partie de l'équipe gouvernementale chargée du développement des petites centrales hydroélectriques au Tibet et ne voit pas d'objection à ce que je les accompagne sur la visite de cinq centrales le long du Mekong. L'après midi me retrouve au Tibet, au bord d'une piscine d'eau chaude en provenance de sources voisines, mon hôte m'expliquant en détail son parcours et son travail. Quant à la soirée, repas d'affaire dans la plus pure des traditions chinoises, elle évolue en une joyeuse débauche animée de danses et de karaoké, à trinquer sans relâche en se noyant de compliments et fumer tout ce qu'un poumon peut absorber en une soirée ! |
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