VaranasiVaranasi, aux portes du nirvanaLa lune brille, ronde et pleine, veille de son grand oeil sur son méandre le plus sacré, là où les reflets ondulants semblent matérialiser un raccourcis pour le nirvana. Les cloches sonnent nos présences aux dieux et les brasiers brûlent sans relâche les candidats pour l'immortalité qui attendent leur tour, simples corps enveloppés d'un drap précieux paré de dorures ou mourants dans l'hospice adjacent.Je m'assois sur un tronc, carburant d'éternité, et comme tant d'autres autour de moi, observe cette industrie mortuaire qui opère jour et nuit dans une atmosphère d'indifférence surprenante. Varanasi peut bien se prétendre porte vers le divin au-delà, car il est difficile de qualifier ces lieux étriqués et grouillants de vie, ou tout se mélange, comme si matériel et immatériel, pureté et saleté, avaient les mêmes droits a l'existence ! Varanasi, une piscine... Les buffalos se baignent, indolents, avec leur long museaux et leur peau noire parfaitement lisse où se dessinent toutes les lignes de leur saillante ossature. Les garçons rivalisent de flips et de plongeons à grands cris. Les barques rament à contre courant d'un flot brunâtre en crue. Les femmes, drapées multicolores, grattent leurs casseroles noirâtres puis plongent leurs rejetons sous l'eau. Un temple... La vie quotidienne semble indissociable des rites hindous : offrandes des cinq sens au fleuve, transport de jarres d'eau, prières qui résonnent, babas qui déambulent... Et en ce lundi qui suit une pleine lune, jour offert a Lord Shiva, c'est toute la jeunesse locale qui arpente aussi bruyamment que joyeusement les rues, de ghat en ghat, en portant des jarres d'eau du Gange. Pèlerinage qui ressemble fort a une manifestation estudiantine parisienne ! Un zoo... La circulation est dense : vélos, scooters, rickshows, motos et petits véhicules se mêlent aux vaches qui suivent le flot de ce capharnaüm. Certains bovins semblent apprécier les dioxides de carbone pour siester paisiblement au milieu des rues ou des carrefours, si bien qu'on ne sait plus qui organise la circulation, la vache ou l'agent ! Deux canards papotent sur la chaussée, un âne hésite quand à la direction à suivre et les singes cavalent en course poursuite hilare. Quand aux chiens, morts ou vifs, ils sont aussi nombreux que les rickshows qui ne manquent pas de se cogner de temps à autre. Un dépotoir... Marcher dans les bouses semble porter chance, peu importe le pied et comme le concept de poubelle n'existe pas dans ce pays que la technologie n'a pas manqué d'inonder, monsieur X, sur sa super Honda neuve, belle chemise, ventre bedonnant et portable à l'oreille, jette ses déchets là où il se trouve, imité par ses millions de compatriotes... et moi même, ne sachant que faire de mes pelures, bols de thé en terre cuite ou plastique, si ce n'est les poser honteusement là où le tas d'immondice est plus haut qu'ailleurs ! |
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