La mousson au Bengale

Puis, il me sembla discerner la vague silhouette d'un fleuve, un large serpent boueux avec juste assez de courant pour se distinguer du monde noyé qu'il traversait ; il était enjambé par un long pont vert, inutile et surréaliste, en partie submergé et bouillonnant comme un barrage...

Alexandre Frater à propos du Brahmapoutre

C'est à poursuivre le Gange à bicyclette jusqu'au golfe du Bengale que ma route s'est mêlée à celle de la Jamuna, géant himalayen gorgé de sédiments, aussi appelé Brahmapoutre en Inde. Essaimée d'îles que peuplent les charas, la Jamuna est le royaume des nomades du fleuve vivant au gré des érosions de leurs terres, régulièrement avalées par les crues et décrues de ce puissant fleuve qu'aucun n'est encore parvenu à contrôler. Le Bangladesh est une terre où l'eau est reine et les hommes ses humbles serviteurs, car aucun ne s'adapte avec autant de souplesse et d'humilité que ces îliens : un peuple au sourire aussi généreux que les terres de ce delta.

Au Bangladesh, delta des trois grands monstres fluviaux, le Gange, le Brahmapoutre et la Meghna, la mousson est essentielle. En raison du relief aplani du pays, de l'instabilité des lits des fleuves et des rivages, des différents politiques et de la démographie explosive, elle sait aussi déclencher des crises. Trop arrosée, le Bangladesh est, immergé, et bien des récoltes détruites. Trop timide, la sécheresse peut se montrer plus sournoise encore. Mais ce sont essentiellement les typhons réguliers que la population côtière craint le plus.