Aller simple pour le Baïkal

Aller simple pour le Baïkal

8 mars 2004

Un modeste blizzard balaye les prairies parsemées de bouleaux et caresse les minuscules cabanes en bois qui ponctuent le décor champêtre. Journée hivernale sibérienne certes mais bien différente de ce que j'avais imaginé ! À l'approche de Krasnoïarsk, j'aperçois enfin les premiers sapins, éléments indissociables de ma taïga imaginaire. 8 mars, c'est déjà le printemps. Bien sûr, tout est gelé mais la neige est plus rare qu'à Moscou où les giboulées blanchissent encore le paysage. Ici, pas un flocon ne reste accroché aux arbres. Ai-je donc vraiment quitté mes Vosges natales ? Oui, cela fait presque une semaine que le train s'enfonce imperceptiblement dans l'immense paysage asiatique. Et à l'heure où l'information se déplace à la vitesse de la lumière et réduit les distances, le train a le don de les rendre plus réelles.

Quoi de plus agréable qu'une semaine de repos, bercée par les soubresauts ronronnant de la locomotive. Je suis bichonnée par la provodnitsa (l'hôtesse en charge du wagon), cajolée par mes compagnons de voyage, libérée de la pesante carapace du train ? En cette saison bâtarde, les touristes ne s'aventurent guère en Sibérie et les wagons respirent l'espace. J'imagine aisément l'atmosphère et la promiscuité pesantes à la longue si l'air venait à y manquer. Mais justement, cette proximité avec d'autres voyageurs, celle qui a le don de rapprocher autant physiquement que socialement, me manque. Et je regrette mon élan et mon ignorance lors de l'achat d'un billet kupeclass. Ayant ainsi agi, je me retrouve en seconde classe qui, malgré son rang modeste, présente un standing qui n'est pas à la portée de tous. Le peuple se contente de la platskartny. Je ne suis donc pas encore assez fauchée pour ne pas avoir le choix.

Et la provodnitsa ? Dame de fer avec des gants de velours, elle règne en maître sur son wagon et veille au grain : tenue impeccable, ménage quotidien. Je suis impressionnée par tant d'ardeur et de rigueur. Pour le désordre, il faudrait descendre d'une classe ! De plus, la ponctualité étant de mise sur la ligne du Transsibérien, mes rêves d'incidents pittoresques au milieu d'une taïga sauvage sont relégués au placard? Sans doute est-ce l'apanage d'une autre époque ? Cette mise en scène parfaitement orchestrée a pourtant comme un doux air d'éternité !