Caravane du Gobi

Caravane du Gobi

27 juillet 2004

La pluie ruisselle dans nos sacs de couchage et la lourde del trempée par cette pluie nocturne ne nous protège guère. La tête dans une mare d'eau et les pieds dans le K-way, nous dormons tant bien que mal, épuisées par nos longues journées de marche. Le vent violent et le ciel lourd de pluie nous avait incitées à protéger nos affaires autant que faire se peut, puis à nous retrancher dans nos duvets en attendant d'aller arracher notre chameau à son repas du soir. D'ailleurs la nuit tombée plus tôt a bien failli nous surprendre et Merlot est à peine visible quand je pars à sa recherche. Ne pas le retrouver, c'est le perdre et, consciente de ce fait, mon pas se transforme en course. Calée entre deux bosses, le retour est plus rassurant, mais plus pénible pour mon dos qui souffre d'une violente chute de chameau. La veille, effrayé par un bout de tissu et excité par la vue du puits, il avait bondi comme une sauterelle désarticulée, me plaquant à terre. Mon dos ne l'oubliera pas de sitôt.

Quand l'aube pointe enfin, le Gobi n'est qu'une vaste plaine humide et grise et c'est un bât trempé que nous calons entre les bosses de notre chameau. Notre petite caravane n'a d'autre choix que d'avancer, la pluie nous épargnant au moins la chaleur assoiffante. Crocodiles, iguanes et autres créatures imaginaires paissent de leur repos minéral et immobile, cisaillant cette vaste mer de caillasse aride et désolée. Seules quelques antilopes s'éloignent craintivement en bondissant sveltement à notre approche. Déjà deux jours sans croiser âme qui vive. La piste que nous suivons semble correspondre à notre carte et au cap de la boussole, mais nos réserves d'eau s'amenuisent et un puits serait le bienvenu. Un croisement non indiqué avec une piste plus fréquentée vient troubler nos esprits. D'autant qu'un puits devrait se trouver à quelques kilomètres de là, mais rien ne vient réjouir notre champ de vision : ni ger, ni puits. La piste se scinde et nous suivons la plus fréquentée par précaution, mais, au détour de la dernière colline, la grande étendue qui s'offre à nous me laisse sceptique. Accroupie sur la colline, j'étudie longuement la carte et le relief, et scrute attentivement l'horizon à l'aide de ma longue-vue de marque russe.

Décision est prise de changer notre cap et de nous fier à la boussole, d'autant plus qu'il me semble apercevoir un campement d'hiver. Ces collines cachent forcément un puits et, si mon intuition ne me trompe pas, notre piste devrait aussi s'y trouver. Patiemment je scrute encore les environs à la manière mongole : accroupie pour être plus stable et les deux mains accrochées à la longue-vue elle-même collée à mon œil droit.
Soudain, mon regard se pose sur un bout de piquet émergeant d'une ligne de crête et normalement indicateur d'un puits. Nous fonçons pour accomplir ce dernier kilomètre de marche, trop impatientes de trouver cette eau tant convoitée. Ce soir, la chance est avec nous : un puits, un seau et la piste... enfin des signes tangibles et rassurants. Bienheureuses, nous faisons halte pour la nuit, profitant largement d'une eau au goût transcendé par la joie de l'avoir tant cherchée.