Chasse au nerpaChasse au nerpa7 mai 2004 Ce matin, Micha s'active sur son traîneau. Agacée par l'inactivité qu'impose mon étiquette d'hôte, je me fais une joie de l'assister et ne le quitte pas d'une semelle afin de ne pas manquer une occasion de l'aider. Micha, de son air rusé, m'a vite comprise. Son clin d'½il charmeur m'incite à enlever un clou sans tête avec lequel il se bat depuis plusieurs minutes. Peine perdue, je me contenterai de tenir les sacs en toile à clouer pour remettre à neuf le traîneau. « Bientôt, nous allons chasser le nerpa, répond Micha à mes yeux
inquisiteurs.
Sourcils froncés, Micha, chasseur bouriate de tradition, réfléchit à voix haute. Il faut fixer deux bandes de caoutchouc récupérées sur une chambre à air pour retenir lances et piquets, doubler la toile ancienne qui se déchire sous le moindre poids, rafistoler le système d'ajustement de la façade avant du petit traîneau d'approche finale, vérifier que tous les outils sont prêts. Ira, sa femme de sang russe, boule de nerfs efficace mais particulièrement directive, n'est pas en reste. Sac de couchage, tenue de camouflage aussi blanche que la neige fraîche qui transforme le Baikal en plate-forme céleste, il faut tout aérer, nettoyer, plier? Seul Kostia a disparu du foyer familial. Il sera de la partie de chasse, en digne fils qui reprendrait sans doute le flambeau si les temps n'avaient pas autant changé. Technicien hydrologue, il a pu faire des études et est probablement de la dernière génération à vivre ces traditions, métiers surannés. Et le voilà, en jeune Russe bien de son âge à errer dans les rues du village en compagnie de ses complices de beuverie ! Au fil de la journée, le puzzle se constitue. Et alors que je propose de les accompagner à la chasse du lendemain, je comprends qu'il ne s'agit pas simplement d'une partie de pêche aller-retour. Micha se prépare pour une semaine d'aventure, non sans risques en cette saison intermédiaire du lac, alors que la glace se fissure mais se referme encore sur ce qu'elle peut engloutir. Quelques voitures ont, paraît-il, déjà rejoint le cimetière automobile des abysses ! Au soir, la cuisine ressemble à un champ de bataille de pirochki, beignets fourrés de purée ou riz au chou et cuits au four. Ira, magicienne en son domaine, règne en maître dans son laboratoire, ne cessant de pester contre son fils déserteur. Elle jure, et jure encore, et je n'en comprends pas un traître mot ! Pas de grasse matinée dominicale, surtout ne pas manquer le départ des chasseurs. Provisions empaquetées, soupe avalée et lunettes sur le nez, le convoi se forme sur la glace sous le regard attentif d'une foule déjà à demi-alcoolisée. L'excitation piétine autour de quelques bouteilles de vodka qui passent entre les mains des plus assidus. Il faut boire à la santé de ceux qui vont braver le danger, d'autant que trois jeunes apprentis du village seront du voyage. Peu à peu, je prends conscience que c'est avec eux que je devrais, voudrais aller. Mais de ne pas avoir compris assez vite ce qui se tramait et d'avoir rêvé pouvoir admirer le lac Xoubsougoul du haut des 3 500 mètres du Monco Sardik, frontière naturelle des montagnes Sayan, je suis restée sur le rivage. En les regardant s'éloigner, petit point noir absorbé par la vaste étendue blanche du Baïkal, mon cœur se serre, résolument non sédentaire ! |
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