Fête de neigeFête de neige31 décembre 2004 25 décembre, monastère de Karsha, un labyrinthe de maisonnettes aux diverses formes rectangulaires toutes blanchies, accrochées a la falaise et serrées les unes contre les autres comme pour mieux supporter les rigueurs de l'hiver. La vue sur la large vallée triangulaire du Zanskar qui en sa pointe réunit 2 fleuves pour n'en former plus qu'un — celui qui chaque début d'année devient route de glace vers le Ladakh (tchadar) — est particulièrement saisissante, aérienne. Mais autour de moi, pas une seule trace de neige. Seuls les sommets des 4 chaînes qui emprisonnent ce coin de terre himalayen jouissent de ce privilège hivernal. Un Noël au coeur des montagnes reines de ce monde, a plus de 3500 mètres et les pieds au sec...je ne l'eus pas cru ! Pourtant, cet or blanc, vital a l'agriculture et a la vie locale, fait cruellement défaut depuis 3 années déjà et souligne combien cette queue du plateau tibétain est terre rude et aride. Peu importe pour ce jour, les momos (raviolis) aux légumes se préparent de main experte. Le Père Noël (que je suis) quelque peu adapte a la mode locale: longue veste de laine rouge (goncha), chapeau jaune et pointu de lama, barbe blanche et hotte de bois paysanne toute chargée, fait son show. Jésus côtoie Bouddha près de la plante de Sonam qu'une chèvre trop gourmande a dépecé de ses feuilles lors d'un bain de soleil, mais qui rempli parfaitement son rôle d'arbre enguirlande. Cette veillée de Noël se termine a la lueur de la bougie, un dernier feu crépite dans le poêle et réchauffe la petite cellule monastique décore pour l'événement, avant que nos duvets ne prennent le relais, une pluie de sable figeant nos sourires dans un monde lointain et fantastique... Et puis le miracle de l'hiver opère enfin... Ce matin même où je dois retourner au monastère afin de donner quelques cours d'anglais aux moinillons. Au réveil, un paysage immaculé, noyé dans un brouillard qui inonde le pays de gros flocons. La marche qui sépare une face du triangle de sa voisine - Padum, capitale du Zanskar de Karsha, monastère le plus important de la vallée - m'est d'un grand réconfort. J'avance a l'aveuglette dans un no man's land de neige inviolée, jouissant d'un calme et d'une solitude absolue. J'avance dans un monde imaginaire et monochrome, un royaume plat et désolé, dépourvu d'horizon, sans terre ni ciel. Mes traces sont telles une ligne éphémère qui semble venir de nulle part et s'efforce d'aller droit vers un but invisible. Un cavalier me sort de ces rêveries et je retrouve la piste fraîchement marquée qui grimpe au village. Le thé sale, généreusement beurre, désaltère mon gosier et baume mes lèvres asséchées. Bien agréable récompense pour la raide montée au monastère et l'ultime serpentin de hautes marches qui mène a l'école, a la cantine monastique et aux salles de prières : QG bouddhiste perche au plus haut du monastère Quand enfin le plafond nuageux s'apaise et s'allonge sur la vallée comme pour se reposer un peu, le village revêt des allures de fourmilière qui s'éveille et tout un chacun s'active sur son toit à déblayer la lourde épaisseur de neige fraîche. Et quand le soleil s'en va vers l'est et tire sa révérence derrière sa forteresse minérale emmitouflée dans sa fourrure hivernale, il se plaît a fêter l'événement dans un tourbillon de lumière qui vire du jaune lumineux au rouge de braise. Le ciel s'illumine, s'embrase et se pare d'une large auréole qui confère à ce spectacle visuel une touche sacrée. Mes yeux savourent jusqu'aux dernières traînées de rose avant que l'obscurité ne prenne possession des lieux. Mais cette année, l'hiver n'a pas encore dit son dernier mot. Lorsque je quitte le monastère, une forte chute de neige s'acharne à ensevelir le Zanskar. Cette année sera bonne, les dieux ont répondu aux prières de la nouvelle année... et aux miennes ! |
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