L'ascension du RiegelaL'ascension du Riegela15 septembre 2004 Un troupeau de yacks sauvages paît tranquillement au pied de sommets sempiternellement blancs d'où coule la précieuse eau de leur survie. Enfin je les aperçois, ces yacks qui jouissent de la rude liberté des hauts alpages himalayens. Ânes sauvages et gazelles profitent aussi de cette solitude tranquille et s'éloignent en filant à vive allure, pour disparaître dans une ligne de poussière en apercevant l'intruse que je suis. Mais mon intention n'est pas de troubler leur quiétude. Je vise le sommet qui donne naissance à la Togrousay, rivière aurifère exploitée en aval, qui était le but de ma randonnée. Au-delà, plus d'eau pour Kun Lun, mon petit âne qui porte mon barda et mes vivres. Une nuit fiévreuse, la belle vie de nomade d'altitude et la transhumance en perspective ont chamboulé mes plans. Mais je ne saurais quitter le vaste plateau sans apercevoir l'autre côté du col et boire l'eau de la Togrousay, aussi un défi en remplace-t-il un autre... Me voilà donc, après une bonne quinzaine de kilomètres d'approche, à gravir un sommet probablement juste foulé par les yacks, comme en témoignent leurs grosses bouses séchées. Mais que vont-ils chercher là-haut, à 5000 m, sur des crêtes de schiste soufflées en permanence par le vent et où ne pousse aucune herbe à brouter ? Question sans réponse... Mes arrêts se font de plus en plus fréquents : l'altitude m'oblige à reprendre souffle. Ce satané sommet, qui semble pourtant si proche, perçant fièrement le ciel parfaitement bleu, ne cesse de me narguer sournoisement au fil de sa crête dentelée. Mais pas à pas, poussée par la récompense d'une sublime vue sommitale à 360 degrés et par la fierté du but atteint, je finis par caresser la plus haute pierre, qui culmine à 5400 m. La vallée voisine, bordée par une haute chaîne glaciaire s'offre enfin à mes yeux ravis, quoiqu'elle barre la vue du plateau tibétain qui la borde. La perspective de retrouver de la compagnie avant la nuit précipite ma descente, et j'opte pour la ligne droite : 1000 m de pente raide en ski de pierraille. Amusant certes, mais épuisant pour les cuisses qui retrouvent avec joie la plaine. Joie toute relative car 18 km me séparent de ma tente et le soleil tend à se cacher derrière la ligne d'horizon. Et je l'avoue, je poserais volontiers mon derrière au chaud devant une bonne soupe. Que nenni, pas de refuge douillet, pas de repas gargantuesque et pas d'intérieur réchauffé. Un feu, des pâtes minute, une toile de tente et de la compagnie seront mes précieuses récompenses. Mais les étoiles scintillent déjà et je n'aperçois toujours pas la tente convoitée. N'auront-ils donc pas l'idée lumineuse d'allumer une bougie pour me permettre de repérer le modeste triangle habité ? Il ne me reste qu'à espérer que mes cris auront pour réponse les aboiements des chiens. Espérance comblée, alors que je trouve encore la force de courir, de peur de passer une nuit en trop grande intimité avec le froid de l'hiver que l'on sent proche. Cette nuit, je peine à dormir et mon estomac réclame de la bonne viande, écœuré par les deux malheureux biscuits compacts de l'armée chinoise qui ont constitué mon unique repas d'ascension. Demain, je ne bougerai pas, j'écrirai et mangerai de la viande. |
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