La dualité du Gange

Le ciel est tout enveloppé de nuages gonflés de pluie ; Aussi beau que des pétales de lotus bleu nuit ; Ici, ils évoquent le khôl autour des yeux d'une belle ; Là ils ont le charme des seins des femmes enceintes.

Kalidasa, poète indien

Chevauchant cette fois un cheval de fer indien à deux roues, j'ai longé le Gange, des contreforts himalayens jusqu'à son delta. Bien plus qu'un fil directeur à travers le nord de l'Inde, ce fleuve, à l'image d'aucun autre, s'est révélé le fascinant moteur de tout un peuple : l'eau occupe en effet une place maîtresse dans la vie quotidienne, les croyances et les rites hindous.

Sous les pluies libératrices de la mousson, j'ai pédalé au gré des hameaux ou des villes grouillantes, à travers d'immuables paysages de rizières et de cannes à sucre, de ghats en ghats, telle une pèlerine à la recherche des secrets d'un fleuve mystérieux, maltraité par l'homme mais revigoré par la mousson. Une typhoïde m'a contraint à une halte à Bénarès, creuset de l'humanité, tour à tour porte pour l'enfer ou le nirvana !

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L'Inde, grouillante de vie attend chaque année la mousson salvatrice d'une sécheresse qui peut devenir destructrice si elle se prolonge. La saison des pluies, belle et sensuelle, rythme la vie des hindous et relie l'homme à l'ordre du monde. Ce pays est d'ailleurs probablement le seul endroit au monde où l'homme entretient des rapports aussi intimes avec l'eau, et notamment celle du Gange. Mais cette vénération masque la réalité physique d'un fleuve essoufflé par l'industrialisation, l'urbanisation et la population grandissante d'un pays sans limite.