Le Mékong |
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S'il y a de la magie dans les mots, il y a du mystère dans les noms. Déjà, dans mon enfance, le mot «Mékong» évoquait en moi des sampans hérissés de fusils, des eaux charriant des cadavres, des tireurs embusqués dans des marais et des rivages déchiquetés par les obus de mortier. Après avoir longé les méandres du Mékong supérieur, du Tibet jusqu'à sa frontière birmane, j'ai tenté de redescendre son lit tourmenté d'impressionnants tourbillons par voie fluviale. Hélas, j'ai trop souvent regretté, à suivre le Mékong de si près, d'avoir été happée par un flot de tourisme florissant. Au Tonlé Sap, j'ai bifurqué vers Bangkok, destination finale de ce périple au fil de l'eau. Le Mékong, plus long fleuve d'Asie du Sud-Est, a vu fleurir sur ses rives plus de civilisations différentes que n'importe quel autre fleuve au monde. Sept pays sont traversés par son sillage : le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, la Birmanie, le Yunnan chinois et le Tibet. Fleuve frontière sur de longs tronçons, il ne devient navigable qu'en quittant la Chine.
Pourtant, la construction de routes le longeant au sud du Laos puis au Cambodge lui ont rendu un calme immuablement troublé par des chutes infranchissables, bien moins par un trafic fluvial délaissé au profit du goudron. Le Tonlé Sap met fin au Mékong des forêts, son delta n' étant que rizières à l'infinie, inondées par les crues annuelles du puissant fleuve. |
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